[Goby, Valentine] Banquises
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[Goby, Valentine] Banquises

Titre : Banquises
Auteur : Valentine Goby
Éditions : Albin Michel
Nombre de pages : 246
Quatrième de couverture :
En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. Elle est montée dans un avion qui l’emportait vers la calotte glaciaire. C’est la dernière fois que sa famille l’a vue. Après, plus rien. Elle a disparu, corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Quand Lisa, vingt sept ans plus tard, se lance à la recherche de sa sœur, elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace. Cette quête va la mener loin dans son propre cheminement identitaire, depuis l’impossibilité du deuil jusqu’à la construction de soi. Roman sur le temps, roman sur l’attente, roman sur l’urgence et magnifique évocation d’un Grand Nord en perdition. Valentine Goby signe ici un grand livre sur la disparition d’un monde.
Mon avis :
Une couverture blanche, blanche comme la banquise, cette banquise où il fait si froid….
Ce froid qui vous prend l’âme et le cœur, lorsque l’être aimé disparaît … Car c’est comme ça, lorsqu’un être cher n’est plus près de nous, on a froid, toujours, même au soleil, plus rien n’a le pouvoir de nous réchauffer et il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu’un jour la chaleur pénètre à nouveau notre cœur, notre corps et que notre âme se réveille….
C’est encore pire si on ne sait pas ce qu’est devenu celui ou celle qui a disparu. Le froid reste, s’incruste, c’est l’impossible deuil….
L’absente c’est Sarah, disparue il y a vingt-sept ans…Disparition volontaire, accident, meurtre ? La famille ne sait pas et attend… Ne pas déménager, ne pas s’absenter, ne pas bouger, des fois que … arrêter le temps et se dire que demain, tout sera à nouveau comme avant…
La mère ne vit pas, elle survit, seule l’espérance d’un retour la tient debout.
Le père essaie d’être fort, d’apprivoiser sa douleur, il ne dit rien, souffre-t-il moins pour autant ? « Et s'il avait moins mal qu'elle, en effet ? S'il pouvait vivre avec cette douleur au lieu de vivre en elle ? »,
Lisa ; la sœur, part sur les traces de Sarah, plus de vingt après. Elle refait le même voyage, essaie de rencontrer les mêmes personnes … Elle va à la rencontre de …. sa sœur, elle-même, les autres ?
Une fois encore, la question est posée : faut-il aller à la rencontre des autres pour mieux se connaître ? Ne peut-on exister par soi-même ?
Cette œuvre évoque des thèmes chers à Valentine Goby :
- l’absence (« ça prend de la place l’absence »),
- le deuil, ici impossible (Vous avez un corps, vous pouvez faire le deuil…. Vous n’en avez pas, vous pouvez espérer…. Espérer jusqu’à quand ? Quand faut-il se résigner ? Un père, une mère peuvent-ils se résigner ? Et que deviennent les autres enfants ? ….)
- les corps, celui de la mère, de la fille encore vivante qui souffre un temps d’anorexie, celui des gens vivants, si chauds, si doux lorsqu’on les touche ….
La construction de ce livre peut désarçonner, des flash back, des informations (la vie des pêcheurs au Groenland), les parents face à eux-mêmes, la vie maintenant (l’euro alors que la disparue avait des francs) et en filigrane la quête de Lisa…. On peut avoir l’impression de ne pas suivre, de partir dans plusieurs directions sans aboutir …
Heureusement, il y a l’écriture de Valentine Goby, son phrasé haché, où les mots semblent se bousculer tant elle veut en dire …. A tel point que parfois, les verbes ne sont pas présents ….
Finalement il est peut-être là, le bémol de ce roman, elle a voulu trop en dire, trop exprimer de choses, d’émotions différentes, d’où un récit morcelé qui de ce fait perd un peu en « substance ».
Banquises, avec un « s », pourquoi ?
Pour cette banquise qui, à cause du réchauffement climatique, se découpe en morceaux et devient des banquises (comme le livre, elle est morcelée).
Pour cette banquise extérieure, celle qu’on voit, où on a froid au corps, et celle, intérieure (« Le Nord n’est pas un lieu géographique. C’est un lieu intérieur ») où on froid à l’âme ?
Ou pour toutes autres raisons que seule, Madame Goby, pourra nous dire …..
Une couverture blanche, blanche comme la banquise, cette banquise où il fait si froid….
Ce froid qui vous prend l’âme et le cœur, lorsque l’être aimé disparaît … Car c’est comme ça, lorsqu’un être cher n’est plus près de nous, on a froid, toujours, même au soleil, plus rien n’a le pouvoir de nous réchauffer et il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu’un jour la chaleur pénètre à nouveau notre cœur, notre corps et que notre âme se réveille….
C’est encore pire si on ne sait pas ce qu’est devenu celui ou celle qui a disparu. Le froid reste, s’incruste, c’est l’impossible deuil….
L’absente c’est Sarah, disparue il y a vingt-sept ans…Disparition volontaire, accident, meurtre ? La famille ne sait pas et attend… Ne pas déménager, ne pas s’absenter, ne pas bouger, des fois que … arrêter le temps et se dire que demain, tout sera à nouveau comme avant…
La mère ne vit pas, elle survit, seule l’espérance d’un retour la tient debout.
Le père essaie d’être fort, d’apprivoiser sa douleur, il ne dit rien, souffre-t-il moins pour autant ? « Et s'il avait moins mal qu'elle, en effet ? S'il pouvait vivre avec cette douleur au lieu de vivre en elle ? »,
Lisa ; la sœur, part sur les traces de Sarah, plus de vingt après. Elle refait le même voyage, essaie de rencontrer les mêmes personnes … Elle va à la rencontre de …. sa sœur, elle-même, les autres ?
Une fois encore, la question est posée : faut-il aller à la rencontre des autres pour mieux se connaître ? Ne peut-on exister par soi-même ?
Cette œuvre évoque des thèmes chers à Valentine Goby :
- l’absence (« ça prend de la place l’absence »),
- le deuil, ici impossible (Vous avez un corps, vous pouvez faire le deuil…. Vous n’en avez pas, vous pouvez espérer…. Espérer jusqu’à quand ? Quand faut-il se résigner ? Un père, une mère peuvent-ils se résigner ? Et que deviennent les autres enfants ? ….)
- les corps, celui de la mère, de la fille encore vivante qui souffre un temps d’anorexie, celui des gens vivants, si chauds, si doux lorsqu’on les touche ….
La construction de ce livre peut désarçonner, des flash back, des informations (la vie des pêcheurs au Groenland), les parents face à eux-mêmes, la vie maintenant (l’euro alors que la disparue avait des francs) et en filigrane la quête de Lisa…. On peut avoir l’impression de ne pas suivre, de partir dans plusieurs directions sans aboutir …
Heureusement, il y a l’écriture de Valentine Goby, son phrasé haché, où les mots semblent se bousculer tant elle veut en dire …. A tel point que parfois, les verbes ne sont pas présents ….
Finalement il est peut-être là, le bémol de ce roman, elle a voulu trop en dire, trop exprimer de choses, d’émotions différentes, d’où un récit morcelé qui de ce fait perd un peu en « substance ».
Banquises, avec un « s », pourquoi ?
Pour cette banquise qui, à cause du réchauffement climatique, se découpe en morceaux et devient des banquises (comme le livre, elle est morcelée).
Pour cette banquise extérieure, celle qu’on voit, où on a froid au corps, et celle, intérieure (« Le Nord n’est pas un lieu géographique. C’est un lieu intérieur ») où on froid à l’âme ?
Ou pour toutes autres raisons que seule, Madame Goby, pourra nous dire …..

Cassiopée- Modérateur
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Re: [Goby, Valentine] Banquises
Très belle critique Cassiopée! Je viens de commencer ce roman et je sais déjà que je n'en sortirai pas indemne!!

Véronique M.- Grand expert du forum

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Re: [Goby, Valentine] Banquises
beau resumé, mais le monde actuel n'est il pas déja assez triste pour en plus se miner le moral avec de tel livre? ma réponse est trouvée en tout cas 

ChaK_- Apprenti

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Re: [Goby, Valentine] Banquises
Une lecture qui m'a l'air intéressante, je me le note !

Piou Piou- Grand sage du forum

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Re: [Goby, Valentine] Banquises
Je pose "banquises" à l'instant et je n'ai qu'un mot à vous dire: c'est un énorme coup de coeur!!
Quel style que celui de Valentine Goby! Une écriture dense, rythmée de nombreuses virgules et de peu de points. Une écriture comme une respiration, qui laisse à chaque lecteur l'opportunité de donner son tempo. Certaines phrases se sont donc imposées à moi comme devant être relues, pour mieux m'en imprégner.
Des sujets graves: la disparition d'un être cher et la décrépitude de notre planète, mis en parallèle. Des sujets graves mais l'idée que l'issue est possible, que la douleur est là, incontournable mais que chacun peut trouver sa voie, différente. Certes, rien ne sera plus jamais pareil mais tant qu'il y a de la vie...
Magnifique roman que ce texte qui nous décrit un même drame vécu par trois individus, si proches et si dissemblables. Trois douleurs, inqualifiables, inclassables mais qui ne s'expriment pas de la même façon. Trois douleurs qui isolent. Et la double peine pour le père qui ne parvient plus à atteindre son épouse, devenue mère, exclusivement; mais aussi pour la cadette, Lisa, qui perd sa mère en plus d'avoir perdu sa soeur. "Banquises" où la longue route d'un coeur qui saigne et de sa convalescence. L'histoire d'une pré-ado blessée qui va devoir trouver un langage pour se construire, pour devenir quelqu'un à part entière, pour être reconnue vivante.
"Banquises" est l'histoire d'une famille qui a failli perdre son ultime enfant pour n'avoir pas voulu admettre la mort de leur fille aînée. Un texte sur le deuil et sa nécessité pour continuer, le deuil comme une page qu'on accepte de tourner.
Pour répondre à ton commentaire ChaK_, je dirais que oui "Banquises "est un livre triste mais ce n'est pas un livre pessimiste. C'est un livre qui montre la complexité des êtres face aux épreuves de la vie et par conséquent la multiplicité des réponses à trouver car il y en a!!
Quel style que celui de Valentine Goby! Une écriture dense, rythmée de nombreuses virgules et de peu de points. Une écriture comme une respiration, qui laisse à chaque lecteur l'opportunité de donner son tempo. Certaines phrases se sont donc imposées à moi comme devant être relues, pour mieux m'en imprégner.
Des sujets graves: la disparition d'un être cher et la décrépitude de notre planète, mis en parallèle. Des sujets graves mais l'idée que l'issue est possible, que la douleur est là, incontournable mais que chacun peut trouver sa voie, différente. Certes, rien ne sera plus jamais pareil mais tant qu'il y a de la vie...
Magnifique roman que ce texte qui nous décrit un même drame vécu par trois individus, si proches et si dissemblables. Trois douleurs, inqualifiables, inclassables mais qui ne s'expriment pas de la même façon. Trois douleurs qui isolent. Et la double peine pour le père qui ne parvient plus à atteindre son épouse, devenue mère, exclusivement; mais aussi pour la cadette, Lisa, qui perd sa mère en plus d'avoir perdu sa soeur. "Banquises" où la longue route d'un coeur qui saigne et de sa convalescence. L'histoire d'une pré-ado blessée qui va devoir trouver un langage pour se construire, pour devenir quelqu'un à part entière, pour être reconnue vivante.
"Banquises" est l'histoire d'une famille qui a failli perdre son ultime enfant pour n'avoir pas voulu admettre la mort de leur fille aînée. Un texte sur le deuil et sa nécessité pour continuer, le deuil comme une page qu'on accepte de tourner.
Pour répondre à ton commentaire ChaK_, je dirais que oui "Banquises "est un livre triste mais ce n'est pas un livre pessimiste. C'est un livre qui montre la complexité des êtres face aux épreuves de la vie et par conséquent la multiplicité des réponses à trouver car il y en a!!

Véronique M.- Grand expert du forum

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Genre littéraire préféré: un peu de tout, romans en tous genres,biographies, essais mais pas trop la science fiction.
Date d'inscription: 12/02/2010
Re: [Goby, Valentine] Banquises
Deuxième livre de Valentine Goby, je continue ma découverte avec ce dernier titre paru lors de la rentrée littéraire 2011, et pourtant je n'ai toujours pas lu Qui touche à mon corps je le tue, dont les billets lus sur des blogs avaient déclenché mon envie de découvrir cette romancière !
On retrouve ici le thème du corps cher à Valentine Goby, mais il se décline sur le mode de l'absence, de la disparition. Et quelle disparition : celle d'une fille brillante, passionnée de musique et de sons, brûlée d'absolu et qui va se perdre, à vingt-deux ans, dans la blancheur absolue de la banquise groenlandaise. On comprendra au fil de la lecture ce qui l'a poussée à partir ainsi.
Mais le roman n'est pas centré sur elle, finalement. Alors qu'elle tenait une place primordiale dans la vie familiale (d'ailleurs c'était l'aînée), sa disparition prend d'autant plus de relief : la mère se replie, s'enroule autour de ce "trou dans son ventre", tandis que Lisa, la "petite soeur", qui avait quatorze ans quand Sarah est partie, doit se construire sur les bords de ce trou, où il reste peu d'espace.
"Tant d'efforts pour se débarrasser de ton absence, Sarah. Pour contourner le trou de toi. Tu avais disparu c'est Lisa qui s'est effacée, peu à peu reléguée aux marges de ton vide dévorant : on n'avait vu que toi, on n'a plus vu que lui. Regarde, ton père, ta mère, les yeux braqués sur la béance. Et Lisa, sur le bord, toutes ces années, vacillante dans l'espace accordé, le bord exigu de l'abîme." (p. 36)
Le père, spécialiste mondial des oignons, fera d'abord corps avec sa femme, sa famille, et s'autorisera ensuite à être heureux par intermittences. Lisa fera un chemin bien plus rapide et lucide : pour grandir, pour trouver sa place, elle doit décider que sa soeur est morte, même si ses parents ne l'admettent "officiellement" que vingt-sept ans plus tard.
C'est à ce moment-là que Lisa part à son tour sur les traces improbables de Sarah. Le Groenland où elle atterrit ne ressemble plus à celui de 1982. La banquise fond trop vite, les pêcheurs subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Même si elle a parcouru des milliers de kilomètres, Lisa sera contrainte à un voyage intérieur pour tenter de redonner vie à Sarah.
"Etrange coïncidence qui place côte à côte cet homme et cette femme, dans le même avion, l'été 1982 et la fonte des glaces pesant du même poids sur leurs deux existences, en ayant infléchi le cours et les pliant encore, simultanément : une terre qui s'efface, une femme qui disparaît." (p. 47)
Une autre disparition, un autre vide : étrange parallèle entre le trou de l'absence de Sarah et le trou de pêche qui ne donne quasiment plus de poisson, entre la glace qui fond trop vite, laissant transparaître les déchets, la crasse enfouie et une jeune femme disparue dont on devine les failles, les contours flous. Que reste-t-il de lui quand un coeur gelé par l'absence, la douleur, se réchauffe lentement ?
Le roman est construit en flash-backs permanents, et on retrouve la langue hâchée, coulant à flots de Valentine Goby. Petit bémol, j'avoue que je me suis sentie parfois submergée par l'abondance de détails (par exemple sur les inlandsis ou les cultures d'oignons). Certes ils donnent du réalisme et de la chair aux personnages, sans doute pour "compenser" le vide laissé par Sarah, personnage fantôme, mais ils me semblaient noyer parfois la finesse de l'analyse psychologique. Il faut reconnaître à l'auteur une empathie pour chacun de ses personnages, elle décline avec une justesse évidente la manière dont chacun traverse le deuil et tente de vivre malgré tout.
C'est pour cela que je continuerai à explorer l'univers étonnant, bourré de vie et d'énergie, de Valentine Goby !
P.S. J'ai adoré l'hommage à Glenn Gould.
On retrouve ici le thème du corps cher à Valentine Goby, mais il se décline sur le mode de l'absence, de la disparition. Et quelle disparition : celle d'une fille brillante, passionnée de musique et de sons, brûlée d'absolu et qui va se perdre, à vingt-deux ans, dans la blancheur absolue de la banquise groenlandaise. On comprendra au fil de la lecture ce qui l'a poussée à partir ainsi.
Mais le roman n'est pas centré sur elle, finalement. Alors qu'elle tenait une place primordiale dans la vie familiale (d'ailleurs c'était l'aînée), sa disparition prend d'autant plus de relief : la mère se replie, s'enroule autour de ce "trou dans son ventre", tandis que Lisa, la "petite soeur", qui avait quatorze ans quand Sarah est partie, doit se construire sur les bords de ce trou, où il reste peu d'espace.
"Tant d'efforts pour se débarrasser de ton absence, Sarah. Pour contourner le trou de toi. Tu avais disparu c'est Lisa qui s'est effacée, peu à peu reléguée aux marges de ton vide dévorant : on n'avait vu que toi, on n'a plus vu que lui. Regarde, ton père, ta mère, les yeux braqués sur la béance. Et Lisa, sur le bord, toutes ces années, vacillante dans l'espace accordé, le bord exigu de l'abîme." (p. 36)
Le père, spécialiste mondial des oignons, fera d'abord corps avec sa femme, sa famille, et s'autorisera ensuite à être heureux par intermittences. Lisa fera un chemin bien plus rapide et lucide : pour grandir, pour trouver sa place, elle doit décider que sa soeur est morte, même si ses parents ne l'admettent "officiellement" que vingt-sept ans plus tard.
C'est à ce moment-là que Lisa part à son tour sur les traces improbables de Sarah. Le Groenland où elle atterrit ne ressemble plus à celui de 1982. La banquise fond trop vite, les pêcheurs subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Même si elle a parcouru des milliers de kilomètres, Lisa sera contrainte à un voyage intérieur pour tenter de redonner vie à Sarah.
"Etrange coïncidence qui place côte à côte cet homme et cette femme, dans le même avion, l'été 1982 et la fonte des glaces pesant du même poids sur leurs deux existences, en ayant infléchi le cours et les pliant encore, simultanément : une terre qui s'efface, une femme qui disparaît." (p. 47)
Une autre disparition, un autre vide : étrange parallèle entre le trou de l'absence de Sarah et le trou de pêche qui ne donne quasiment plus de poisson, entre la glace qui fond trop vite, laissant transparaître les déchets, la crasse enfouie et une jeune femme disparue dont on devine les failles, les contours flous. Que reste-t-il de lui quand un coeur gelé par l'absence, la douleur, se réchauffe lentement ?
Le roman est construit en flash-backs permanents, et on retrouve la langue hâchée, coulant à flots de Valentine Goby. Petit bémol, j'avoue que je me suis sentie parfois submergée par l'abondance de détails (par exemple sur les inlandsis ou les cultures d'oignons). Certes ils donnent du réalisme et de la chair aux personnages, sans doute pour "compenser" le vide laissé par Sarah, personnage fantôme, mais ils me semblaient noyer parfois la finesse de l'analyse psychologique. Il faut reconnaître à l'auteur une empathie pour chacun de ses personnages, elle décline avec une justesse évidente la manière dont chacun traverse le deuil et tente de vivre malgré tout.
C'est pour cela que je continuerai à explorer l'univers étonnant, bourré de vie et d'énergie, de Valentine Goby !
P.S. J'ai adoré l'hommage à Glenn Gould.
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