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[Leung, Brian] Seuls le ciel et la terre

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[Leung, Brian] Seuls le ciel et la terre

Message par adtraviata le Ven 14 Juin - 22:36



Titre : Seuls le ciel et la terre
Auteur : Brian Leung
Traduit de l'américain par Hélène Fournier
Editeur : Albin Michel
Année : Mai 2013
Nombre de pages : 369

Quatrième de couverture :
1927. Après quarante années d’absence, Adele Maine revient à Dire Draw, petite ville minière du Wyoming. Elle n’a jamais oublié les événements qui ont failli lui coûter la vie et l’ont obligée à quitter son mari sans un mot d’explication. Adele était alors venue rejoindre son frère dans l’Ouest américain, véritable eldorado pour des milliers d’hommes en quête de travail sur les lignes de chemin de fer ou dans les mines de charbon. Au cœur de cet univers hostile, elle s’était liée d’amitié avec un jeune Chinois victime, comme les siens, du racisme et du mépris des ouvriers blancs. Et puis, est arrivé ce terrible jour de 1885 où les haines ont explosé et où il lui a fallu choisir… Dans la lignée de Willa Cather et Annie Proulx, Brian Leung réussit le superbe portrait d’une femme libre. Son roman embrasse un vaste paysage de sentiments et d’émotions qui répond, tel un écho, à l’immensité des grands espaces où seuls le ciel et la terre semblent régner.

Mon avis :
Un auteur, un fait historique que je ne connaissais pas, une héroïne tenace et héroïque : voilà quelques ingrédients qui m'ont fait apprécier ce roman.
Une critique du premier roman de Brian Leung, Les hommes perdus, dit son intérêt pour "le pardon, la tolérance, la mémoire". Ce sont certainement des thèmes qu'il continue à explorer dans ce livre, en mettant en scène Adele, ou Miss Addie. Le livre s'ouvre sur son retour dans le Wyoming, à Dire Draw, quarante ans après un départ pour le moins bousculé. Elle compte bien faire rendre des comptes à son ancien mari, qu'elle soupçonne de lui avoir tiré dessus lors des émeutes contre les Chinois à Rock Springs.
Je ne savais rien de cette immigration chinoise aux Etats-Unis dans les années 1870. Les Américains invitaient les Chinois à émigrer en leur promettant travail, richesse, confort, bref une vie meilleure à San Francisco. En lieu et place, ils étaient emmenés sur les chantiers de la conquête de l'Ouest américain et exploités dans des travaux rudes et dangereux, comme la construction des chemins de fer ou l'extraction du charbon. A l'époque du roman, le Wyoming n'est pas encore un Etat, si j'ai bien compris, seulement un Territoire, une terre aride et désolée où même les Blancs qui s'y aventurent connaissent une vie âpre et misérable, à l'image du sol. Leurs maisons ne sont le plus souvent que des cabanes à moitié enfouies, battues par le vent et le froid en hiver, étouffées par le soleil en été. C'est la vie que mène Tommy, le frère d'Addie, qui a quitté la misère familiale du Kentucky en croyant vivre le rêve américain sur une concession de Dire Draw. Mais il ne peut rien y cultiver et est obligé de s'embaucher à la mine, où les Chinois travaillent eux aussi : s'ils sont relativement protégés par leur employeur, ils subissent un racisme très profond (ça ne date donc pas d'aujourd'hui, cette haine de ceux qui vous prennent soi-disant votre travail et votre sécurité...).
Quand Addie arrive sur la concession, elle découvre cette vie, ce monde où la présence d'une femme paraît complètement incongrue, elle découvre ce racisme. elle comprend que son frère l'a fait venir pour rester sur la concession et garantir son droit à la terre pendant cinq ans (période après laquelle il en sera vraiment propriétaire). Comme Addie n'est pas fille à baisser les bras et que son frère est l'être qu'elle aime le plus au monde (leur mère a quitté mari et enfants pour trouver elle aussi une vie meilleure, leur père est mort de misère et d'alcoolisme), elle retrousse ses manches et trouve un moyen d'assurer elle aussi sa subsistance : elle vendra de la viande rôtie aux mineurs. Pour cela, elle ose braver les conventions et les préjugés en s'alliant avec un cuisinier chinois, Lee Wing. Cet homme va lui faire entrevoir une qualité de vie, de dialogue et d'amitié dont elle entrevoyait à peine la possibilité...
Ce personnage d'Adele m'a vraiment touchée. Je croyais ressentir avec elle le vide, la désolation de la terre où elle arrive, et la voir constamment aller de l'avant, chercher des solutions sans jamais baisser les bras ni perdre de sa capacité à s'émouvoir, à éprouver des sentiments humains tout simplement était vraiment émouvant. A cette époque et en ce lieu, une femme n'avait d'autre choix que de se marier pour (sur)vivre. Addie a la témérité de penser qu'elle n'est pas obligée de dépendre d'un mari, qu'elle peut trouver de quoi vivre seule et libre. Son courage, son audace, ses intuitions font d'elle un très beau personnage de roman, même s'ils semblent déboucher sur le malheur et le deuil.
J'ai lu des avis très mitigés sur la construction du roman, sur les aller-retour peu clairs dans le temps. Personnellement cela ne m'a pas dérangée. Certes il faut faire un petit effort de compréhension au début des chapitres concernés pour savoir si on est en 1885, avant ou après les émeutes, ou en en 1927. Mais cela n'arrive que deux ou trois fois et ne perturbe pas à mon sens le fil de la lecture. Au contraire, j'ai aimé cette construction en flash-back, qui dévoile petit à petit ce qui est vraiment arrivé à Wing et à Addie en 1885. La culpabilité qui la ronge tout au long des années avant son retour à Dire Dra trouvera d'ailleurs une réponse inattendue au bout de quarante ans.
Même si Brian Leung suit ses deux personnages princiaux, Wing et Addie, sa capacité à se glisser dans la tête, les rêves et les espoirs d'Addie est très belle. Des choses très simples, comme le jeu des nuages dans le ciel, une étoffe de soie jaune, lui suffisent à ouvrir dans cet univers si rude un coin de liberté et d'évasion. 
"Le territoire du Wyoming, toute cette étendue,lui faisait éprouver quelque chose de nouveau, de grandiose comme si elle avait passé sa vie dans une caisse et que quelqu'un en arrachait l couvercle et en écartait les côtés. Elle avait l'impression que n'importe qui, même une femme, pouvait partir dans la direction de son choix. Dans quel autre endroit pourrait-elle penser de la sorte ? La terre n'offrait pas beaucoup de travail,c'est vrai, mais d'un autre côté, elle était tellement balayée par le vent que rien ne vous entravait. Et le fait de s'aventurer dans de nouveaux endroits, se dit Addie, ne signifiait pas qu'elle devenait plus bête, mais qu'il y avait des choses à découvrir tous les deux mètres. Cela suffisait à vous éreinter." (p. 41)
"Addie regarda le fond du ravin, la voie ferrée qui le longeait et la terre qui se déployait à ses pieds, là où les rails semblaient aussi inoffensifs que l'extrémité d'un fil à coudre. Entre elle et le fond du ravin, il y avait les os blanchis d'un homme et d'une mule. Quel genre d'endroit était-ce pour qu'un homme prenne le temps de se demander si la vie de son frère avait plus de valeur qu'un chargement de charbon ? La concession de Tommy se trouvait dans le coin et elle savait que la vie n'allait pas être facile. Elle était arrivée à Rock Springs depuis moins de quarante-huit heures, à Dire Draw depuis moins de deux heures, et elle n'aimait pas être bousculée de la sorte. Que pourrait-il arriver qui les pousse, Tommy et elle, à réfléchir ne serait-ce qu'une seconde  la valeur de la vie de l'autre ? Elle avait l'habitude de se débrouiller seule, mais l'existence ici lui faisait de plus en plus penser à une meute de chiens en train de se disputer un malheureux petit os." (p. 86-87)
"Wing se remit au travail, parut ne pas relever sa réponse et préféra parler d'une espèce de délivrance qu'Addie avait provoquée chez lui. Il avait passé presque une décennie à ne penser qu'à lui. Tous les jours, il avait eu l'impression de mener une stratégie au lieu de mener une existence. Puis Addie était arrivée et l'avait délivré de ce fardeau. Ca lui faisait du bien de donner, de l'aider. Et c'était elle, une femme blanche qui n'avait aucune raison d'être gentille avec lui, elle qui lui avait ouvert le coeur et l'avait rendu réceptif  ce qu'il avait oublié depuis longtemps, à savoir que se mettre sans compter au service de quelqu'un était reconnaître une multiplicité de centres au monde. 'S'il vous plaît, vous devez savoir, dit-il à Addie. Je suis là pour vous quand vous le demandez, et là quand vous ne le demandez pas.'" (p. 188-189)
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