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[Tejera, Nivaria] Le ravin

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[Tejera, Nivaria] Le ravin

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[Tejera, Nivaria] Le ravin

Message par zazy le Lun 17 Juin 2013 - 17:00

Le ravin
Nivaria Tejera
Traduction Claude Couffon
Editions Actes Sud
1986
210 pages
ISBN : 2868690661
 
4ème de couverture :
De tous les livres qu’inspira la guerre d’Espagne, celui-ci, qui a pour cadre les Canaries, est sans doute l’un des plus fascinants et peut-être le plus singulier. C’est que la guerre apparaît ici dans le regard d’une petite fille brutalement fourvoyée par la violence et la peur. Dans sa quotidienne progression, la guerre envahit les moindres recoins d’une maison jusque-là consacrée au bonheur, elle soumet chacun de ses habitants, s’approprie les animaux familiers, s’étend à toute l’île où l’enfant ne voit pus que barreaux, barbelés, prisons, camps et surtout de ravin où chaque nuit, en rêve, son père est fusillé. Sans cris, sans le tumulte de l’indignation, Nivaria Tejera montre l’implacable dégradation de la confiance par laquelle l’enfant était reliée à la vie. Et cela sans que jamais, dans l’écriture, le regard de l’une soit subverti par celui de l’autre.
Hubert Nyssen
 


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« Aujourd’hui la guerre a commencé. À moins que ce ne soit il y a longtemps. Je ne comprends pas très bien quand les choses commencent. Elles m’environnent d’un seul coup et ressemblent à des personnes que j’aurais toujours connues. » Ainsi débute le récit de cette petite fille de 7 ans qui habite à La Laguna sur une île des Canaries. Les soldats franquistes cherchent, avec une grande violence, son père journaliste républicain. « Pauvre papa ! Je pense qu’un jour les hommes à bérets rouges le renverseront comme ils ont renversé les fougères. »  D’un seul coup, tout son petit monde de douceur, de sécurité avec son père qu’elle adore s’écroule soudainement. La petite fille vieillit d’un seul coup  « Une guerre peut empêcher les enfants de grandir quoique les enfants ne luttent pas, n’aient pas de prison et durent plus longtemps. Les enfants peuvent attendre ».Elle connaîtra les visites à la prison, les procès iniques, la violence, la pauvreté…. Elle connaîtra la déchéance sociale de ceux qui ne sont plus du bon côté. Elle va voir les « amis » de son père, ceux qui venaient souvent à la maison accuser son père pendant les procès. Le pire ce sera l’attente de l’exécution, la peur de lire le nom de son père sur la liste « Sans papa je suis toujours seule ». Un jour, le télégramme fatidique est arrivé, un pli qu’elle doit lire tant la mère est ravagée, surtout depuis la mort du petit frère. Un dialogue déchirant entre la mère et la petite fille, un dialogue à la limité de la folie, qui m’a pris aux tripes. « EXILE – ILE DE FER – QUARANTE ANS – STOP ». Cela signifie la mort « C’est le grand vent qui couvre la puanteur du peloton, dans ce ravin où je voudrais qu’on ne jette jamais le corps de papa. J’irai là-bas. Et le grand montera jusqu’à moi en tourbillonnant. Et moi, je serai là à regarder, à regarder vers le fond du ravin. » Ce ravin, c’est ici que l’on jette, outre les ordures, les cadavres de ceux qui sont passés par le peloton d’exécution, les prisonniers morts. « Je sais maintenant qu’on appelle « peloton » un groupe de prisonniers qu’on a conduits au Tanqueabajo. Le tanqueabajo est un ravin immense, couvert de végétation, où l’on jette les cadavres des animaux et les ordures de toute la ville. Après les avoir tués, on les y abandonne et ils restent à pourrir là sans que leurs familles soient prévenues. »
La guerre civile est focalisée par ce ravin qui est également l’espace qui la sépare entre hier, la paix, une enfance heureuse et demain, l’angoisse, la peur, l’absence…. Le puits profond où s’enfonce sa mère. Heureusement, il y a le grand-père bourrelier, celui vers qui elle se réfugie, qui lui permet de redevenir ou rester une petite fille alors que la mère veut en faire une grande personne.
 
Dans ce livre d’une grande beauté poétique, Nivaria Tejera  fait parler la petite fille qu’elle était à travers ses souvenirs. Par petites touches, elle dessine son entourage, la grande maison, puis les autres, celle du grand-père adoré où elles vivront, la tante qui coud à la machine, le grand-père, la prison, le collège, l’absence, la peur, les procès, les visites à la prison puis au camp de concentration où se trouve son père … autant de petits tableaux impressionnistes qui impressionnèrent la lectrice que je suis.
 
Ce livre vous prend aux tripes, touche ce que nous avons de pus profond, un vrai diamant. Ce livre ne se laisse pas oublier, les mots restent dans la tête, durs et limpides comme les explications de la petite fille.
La postface raconte la « petite histoire d’un grand livre » où comment ce roman est arrivé sur le bureau de Claude Couffon, traduit à la demande de Maurice Nadeau pour publication. A sa sortie il fut salué par Max-Pol Fouchet, Robert Sabatier, André Wurmser et d’autres.
 Maintenant, il me faut rendre ce livre à la bibliothèque. Petite ou grande nformation : Il est ressorti aux éditions de la Contre-Allée 
 
 
 
Quelques extraits :
« Papa ! Qu’a-t-il donc fait ? Aujourd’hui c’était un jour de fête. Il devait renter de bonne heure. Il aime tellement marcher auprès des cierges quand, à minuit, la procession sort de l’église… ». « J’entends la voix de tante. « C’est la guerre. Le sang va couler, le sang de nos fils ennemis… » (Morale, patrie, stupre). Je me bouche les oreilles, je ne veux plus écouter. La guerre-la guerre-la guerre. Ce mot va me déchirer. J’ai peu et c’est lui qui guette ; j’ai froid et c’est lui qui guette. Et papa, derrière lui, s’éloigne. Où est-il ? »
 
Je ne comprends pas. J’essaye d’expliquer à maman combien j’ai honte de porter le ravitaillement de la boutique à la maison, mais on dirait qu’elle ne me croit pas. A la boutique il faut quémander sans cesse, le supplier de verser un petit complément de sucre… »
 
« Cette dette, nous ne pourrons pas l’acquitter avant des semaines et des semaines, avant que papa ne soit de nouveau libre parmi nous : j’imagine que, pour lui, vivre c’est être parmi nous puisque, là-bas, dans la prison il est mort. Oui mort. Je veux expliquer cela à maman, lui expliquer que l’idée d’aller à la boutique me révolte, ce dont je rougis car je sais qu’il est impossible de faire autrement ; et puis sur mon trajet, les autres enfants que je rencontre éclatent de rire en me voyant porter dans de paquets sales –on me donne toujours les emballages les plus sales- ou quand, parfois, les pommes de terre qu’on m’enveloppe dans un sac à moitié déchiré roulent sur la route. A cause de cela, et comme je me cache derrière les paquets, les garçons m’appellent « tête d’emballage, tête de sac », pour que je pleure, le visage enfoui sous les commissions.
 
« Le ravin s’est avancé jusqu’à nous et lâche des pelotons de larmes. Non, ne regarde pas, ne regarde pas. C’est le ravin qui passe et qui va exploser. As-tu vu, dans le fond, là-bas, les yeux de ton ami Vitoriano, celui qui donnait des aubades, les soirs de fêtes. On aurait dit deux marionnettes, deux coquilles, deux morceaux de coutil que tante utilise pour confectionner ses pantalons. Ils étaient hideux et ne regardaient plus. Quand les a-t-on jetés dans le ravin ?
« J’ai demande à grand-père de m‘expliquer le sens du mot « camp de concentration ». Mais il n’a pas su me le dire.
« Nous avons marché pendant plus d’une heure sur une terre escarpée, gardés, à chaque tournant, par deux gendarmes, sans doute pour que nous ne nous écartions pas, comme si nous avions pu avoir d’autre idée que celle d’arriver là-bas. Je ne comprenais toujours pas pourquoi on appelait « aller au camp de concentration » cette façon d’avancer, serrés les uns contre les autres, anxieux à la fois d’arriver et de ne pas arriver »


Dernière édition par Elyuna le Mar 2 Juil 2013 - 10:36, édité 2 fois (Raison : Hébergement de l'image)
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