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[Béji, Hélé] L'oeil du jour

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[Béji, Hélé] L'oeil du jour

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[Béji, Hélé] L'oeil du jour

Message par zazy le Mar 29 Avr 2014 - 19:19


L’œil du jour
Hélé Béji
Editions Elyzad poche
04/07/2013
256 pages
ISBN : 9789973580368



4ème de couverture :

La maison d'enfance à Tunis, avec son patio et sa vasque bruissante, ses appartements aux meubles polis par les ans, sa terrasse. Royaume enchanté que gouverne une grand-mère par la grâce de qui perdure une tradition de vie méditerranéenne et musulmane. La narratrice, qui vit habituellement à Paris, retrouve là-bas, au cours de séjours épisodiques, ses racines. Elle ne peut s'empêcher toutefois de remarquer combien cet îlot préservé est battu par le flot de la vulgarité moderne : dans les constructions nouvelles, chez les nouveaux notables et leurs épouses, parmi les couches sociales qui, de la vie occidentale, ont assimilé les plus mauvais aspects. Elle-même, qui a perdu la foi et adopté un genre de vie européen, n'est rattachée au passé que par des liens que la mort va trancher. Elle regrette ce monde si présent encore et qui se transforme sous ses yeux. Pour le mieux ou pour le pire ?

L’auteur :
Hélé Béji est née en 1948 à Tunis. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné à l’université de Tunis puis a fondé, en 1998, le Collège International de Tunis. Auteurs de plusieurs essais, son roman d’œil de jour a été édité, la première fois, par les Editions Maurice Nadeau.

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Dans ce livre, Hélé Béji raconte sa maison d’enfance à Tunis et, comme tous souvenirs d’enfance, ils sont faits de bruits, d’odeurs, de sensations, de couleurs.
La maison est le royaume de sa grand-mère, là où elle a ses racines. Maintenant, elle vit à Paris et ne vient que pendant les vacances à la Médina de Tunis. Elle, qui vit à l’occidentale, et perdu la foi, voit d’un œil neuf, à chaque arrivée, la modernité gagner du terrain dans ce qu’elle a de moins beau : tours en béton, publicité agressive, vulgarité…
Sa grand-mère vieillit et pour engranger les souvenirs, elle nous raconte la vie quotidienne de sa maison ; le patio avec la vasque qui bruisse, le lit que l’on y installe l’été, les coussins, les conversations entre amis et voisins ;  décrit la vie que mène sa grand-mère avec sa négresse et ses voisins.  Comme elle l’écrit, elle fait provision de souvenirs et revient à Paris « l’âme aussi chargée qu’un couffin de marché ».
Son écriture se fait poétique, riche de mille détails, pleine d’amour, pour décrire le quotidien, sa grand-mère.  Les phrases sont ciselées comme les moucharabiés, fines comme de la marqueterie. La mélancolie y est très présente contrebalancée par quelques traits satiriques.

C’est un livre d’Amour, un livre sur l’amour que Hélé porte à sa grand-mère, un livre d’amour à la maison. C’est aussi un album de photos ; clichés de la maison qu’elle nous décrit avec beaucoup de détails et minutie.


Il faut être très présent pour en apprécier toute la quintessence, pour en extraire tout le suc. Ses descriptions longues ont besoin d’une lecture lente et minutieuse que je n’ai pu faire avec mes 3 petits lutins en vacances, alors, je le relirai un jour ou l’autre.


Quelques extraits :
La joue écrasée contre le coussin, je devine la frontière du matin que je ne vois pas encore, je sens l’épaisseur du matelas sous ma poitrine, je suis sur le point d’ouvrir les yeux, et pourtant j’ai la sensation d’une masse appuyée sur moi qui m’empêche de remuer. « C’est Boutellis, m’écrié-je soudain dans mon demi-sommeil, Boutellis me tient, vite je dois me réveiller ».

De cette terrible épreuve, c’est le frottement des mules de ma grand-mère qui tôt le matin me réveille. Je l’entends fureter dans la pièce à côté comme une fée aux geste illuminés dans l’ignorance totale de ses pouvoirs et Boutellis s’évanouit alors comme un fantôme inoffensif, renvoyé à son grotesque néant, pas plus effrayant que ces antipathique visiteurs, désagréables et niais, qui s’incrustent lourdement et s’éternisent ».

De ma chambre à coucher, ce matin, je l’entends trottiner, paisible, ignorante, compter ses prières, les recompter, marcher doucement le temps avec elle, revenir, fouiller un bric-à-brac, le cœur attendri, sans angoisse, ni savoir, dépouillée. Je l’entends vivre de la vie domestique, où le monde comme un lit défait retrouve un ordre matinal sous le lustre qui étincelle lentement, et je respire l’odeur de sa vie dépoussiérée et intacte, j’entends sur ses pas la vie ininterrompue de la maison se perdre en elle, son passé. Mystère de ma grand-mère, et de sa vieillesse éternelle, porteuse d’un temps sans faille, petite et dandinante, silhouette penchée des jours qui passent, contemplative, effacée, modeste grand-mère, s’ignorant elle-même, un peu désorientée quelquefois, me questionnant. Etre très vieille comme elle, analphabète, ne pas savoir.

Sur un fond de jardin cligne, dans un éblouissement, une paroi entrouverte, puis sous le plafond coulissant d’un ciel encore pâle, montent les parties du décor, l’arbre fruitier comme pivot, la fontaine dans le mur telle la niche d’une fausse fenêtre, la vasque du centre où coule l’impression d’une eau douce, des feuillages larges comme des rideaux, où pendent des bananes immangeables, un banc de pierre où l’on ne s’assoit jamais, une brise légère et ramassée comme pour une péripétie ou un coupe de théâtre, des coins de mur dont semble sortie une seconde vie du jardin

Lorsque meurt la vie morale de la maison, on voit de son raffinement le plus retiré sortir un masque de vulgarité

Ma grand-mère range, furète, ferme la porte de l’armoire, passe un chiffon humide sur le marbre de la cheminée, et à chaque, fois, c’est pour moi comme si le faisait pour le bien du monde. Chaque rangement déplace une panoplie qui s’éparpille comme la vie, mais s’ordonne en fin de compte mieux que la vie, et y trouve le chemin de sa place, de sa prosaïque utilité.

L’après-midi a baigné le jardin d’une lumière déchargée de la pesanteur de midi, moins chaude, les formes ne vibrent plus, la lumière coule dans le marbre sans l’écraser, après s’être éternisée comme une femme au balcon

Montres anachroniques, mouchoirs de vieillesse, visages doux et fripés ! Mille voix curieuses s'échappent de vous, et dans votre finesse le fil de pensées ordonnées et sages, repassées dans la vapeur de l'après-midi d'une paix qui atteint jusqu'aux fibres du temps qui coule, et se dépose en vos petits carrés d'étoffe comme fait l'eau sur les dalles du patio arrosé. Vous avez ce caractère impeccable de la percale blanche qui recouvre les banquettes du séjour, et que ma grand-mère, chaque fois qu'elle se lève, tire vers les bords du matelas en passant la main sur les plis qu'y ont laissés les visiteurs
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