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[Jaworski, Jean-Philippe] Gagner la guerre

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[Jaworski, Jean-Philippe] Gagner la guerre

Message par Sarfre le Mer 22 Avr 2015 - 16:44



Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Editeur : Folio
Collection : Fantasy
Nombre de pages : 992

Présentation :

On retrouve ici, les mésaventures de Don Benvenuto, spadassin affilié à la guilde des chuchoteurs, devenu maître espion auprès du podestat - le plus haut magistrat de la République - Leonide Ducatore. La cité de Ciudalia est en guerre contre le royaume de Ressine, dont elle vient d’écraser la flotte à l’occasion d’une incroyable bataille au Cap Scibylos.

Mon avis :

J'ai déjà posté un avis sur "Janua Vera" du même auteur, un recueil de nouvelles qui introduisait déjà cette crapule de Don Benvenuto dans la nouvelle "Mauvaise Donne". Ici grâce à ce nouveau roman, beaucoup plus conséquent, on peut suivre à loisir les aventures du fieffé gredin. Et on ne peut que s'en réjouir.

Amateur de Fantasy depuis de nombreuses années, j'aime de temps en temps retourner, si je puis m'exprimer ainsi, à mes premiers amours. Mais ici, c'est de la Fantasy de haut niveau, c'est franchement du lourd, du très lourd même. Fini les récits initiatiques de jeunes adolescents se découvrant des pouvoirs exceptionnels, allant délivrer le monde d'un tyran maléfique ou une jeune princesse en proie à de méchants sorciers. On passe la vitesse supérieure.

Ici, on est dans la boue, dans le frontale, dans les pires bassesses imaginables et les pires complots possibles. Ici c'est de la survie coûte que coûte, sans concession et sans états d'âme pour y pervenir.
Au milieu de toutes ses luttes de pouvoir, souvent sans merci, se trouve ce pauvre Don Benvenuto, qui n'a rien demandé à personne. Lui, sa motivation c'est de sauver sa vieille carne bien dure, pour cela il s'adapte. Il est malin, et a, heureusement pour nous, la langue bien pendue, mais il a surtout des couteaux biens aiguisés.
Le récit, se déroule dans un univers, proche d'une renaissance italienne imaginaire. On aurait presque croiser machiavel, au détour d'un couloir, sans que cela nous paraisse anormal.
Mais le plus important reste le style de l'auteur et la langue travaillée, érudite. Le style est acéré, vif, gouailleur, truculent, plein de verve, argotique et imagé. Qu'on ne me dise pas, après cela, que la Fantasy n'est pas de la littérature! Ici c'est le top du genre.

Le mieux est encore d'ajouter quelques extraits pour pouvoir se rendre compte de l'importance de l'écriture. Après c'est sûr on aime ou on aime pas. Moi, je prend beaucoup de plaisir à sa lecture.

- À peine le temps de me pencher au-dessus du bastingage : mon dernier repas, arrosé de piquette, a jailli hors de mes lèvres.
Il a suivi une trajectoire fétide avant de se perdre dans l'écume et les vagues. Encore convulsé par les haut-le-coeur, j'ai essuyé les filaments baveux qui me poissaient le menton. Deux toises plus bas, l'océan se soulevait et bouillonnait, cinglé en cadence par les longues rangées de rames.
Je n'ai jamais aimé la mer.
Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière; et c'est plus gras, c'est plus trouble et plus limoneux que le pot d'aisance de feu ma grand-maman.
Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse.
Je n'ai jamais aimé la mer, et ce n'était pas près de s'arranger. Tous les fiers-à-bras du château de poupe étaient en train de se payer ma tête. Les jeunes blancs-becs de l'aristocratie, les vieux enseignes des Phalanges, les quartiers-maîtres goguenards et le maître de manœuvre au cuir recuit, tous : jusqu'à ce crevard de héros, le patrice Bucefale Mastiggia ! Pas un qui aurait eu la correction d'aller voir ailleurs. J'avais l'impression que la moitié de l'équipage ricanait sur la délicatesse de mon estomac. Benvenuto Gesufal, assassin émérite de la Guilde des Chuchoteurs, maître espion de son excellence le Podestat de la République, était en train de vider tripes et boyaux à grands hoquets clapoteux : sûr que ça vous gondolait son loup de mer.
Même ces deux petits morveux, les mousses, me montraient toutes leurs dents de lait.

- Au bout de dix heures de combat, quand j'ai vu la flotte du Chah flamber d'un bout à l'autre de l'horizon, je me suis dit :
"Benvenuto, mon fagot, t'as encore tiré tes os d'un rude merdier." Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d'écraser les escadres du Sublime Souverain de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passé. Je me gourais sévère. Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon.

- La trouille, pour moi, c’est une vieille maîtresse. Une longue sangsue visqueuse, nichée dans les replis de mon ventre et dans le canal de mes vertèbres, furtive comme un ver solitaire, mais toujours prompte à mordre quand la situation patine, quand les couteaux sont tirés, quand l’ennemi charge. Elle s’y connaît alors pour m’entortiller l’intestin, pour me sucer l’échine, pour me coller une gentille chair grenue. Mais à force de la fréquenter, j’ai fini par m’y habituer ; c’est un peu comme la face rongée d’un lépreux, le premier regard est éprouvant, mais à la longue, on finit par se blinder.

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Sarfre
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