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[Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

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[Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Cassiopée le Sam 8 Mai - 23:12



Titre: Et Nietzsche a pleuré
Auteur: Irvin Yalom
Editions: Le Livre de Poche
Date: Mars 2010
Nombre de pages: 504
Genre: Roman

Quatrième de couverture:

Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé aborde le Dr Breuer, ancêtre de la psychanalyse et mentor du jeune Sigmund Freud. Elle vient solliciter son aide pour son ami, Friedrich Nietzsche. Le philosophe, malgré la parution du Gai Savoir et de Humain, trop humain, est encore méconnu du grand public. Après l'échec de son ménage à trois avec Lou Salomé et Paul Rée, Nietzsche est plongé dans le plus profond désespoir. Irvin Yalom imagine la rencontre fictive entre Breuer et Nietzsche, véritable partie d'échecs entre les deux hommes, qui concluent alors un pacte pour tenter de se guérir l'un l'autre. Et c'est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, dense, ludique et originale, que nous convie Irvin Yalom.

"Comment pouvait-on vivre jusque-là sans connaître les livres du docteur Irvin D. Yalom?. On se le demande. Ce n'est pas tous les jours que les livres de psychothérapie se lisent comme des romans." -Geneviève Delaisi de Parseval, LIBÉRATION 19 janvier 2006.

Mon avis:

Merci à Partage Lecture et aux éditions « Le Livre de Poche » pour m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce livre.

Ce livre se lit comme un roman, il est d’ailleurs référencé « roman » mais ce n’est pas un roman ordinaire.
Il fait côtoyer des personnages ayant existé à la même époque mais ne s’étant jamais rencontrés dans la réalité. L’auteur imagine donc les rencontres, les dialogues, les visites…et en même temps, certains éléments sont historiques. On y parle aussi de philosophie et de psychanalyse.
C’est très bien écrit et bien qu’il n’y ait, à proprement parlé, pas de suspense, on se laisse emporter par le récit.
Le Docteur Breuer (qui a initié Freud à la psychanalyse) va, à la demande de Lou Andréa Salomé, rencontrer Nietzsche, qui souffre et essayer de le soigner. Nietzsche qui dit : « la maladie frappe mon corps mais ce n’est pas moi ».A travers des réflexions (qui font parfois suite à un dialogue entre les personnages), des dialogues, des échanges, des lettres, des « notes » écrites par les personnages, on apprend beaucoup sur le couple, la vie, la mort, les questions existentielles (pourquoi j’existe, pourquoi je souffre ? qui suis-je ? etc… ), l’incidence du passé.... On suit les pensées et le cheminement de chacun et on voit comment sont mises en place certaines thérapies par la parole, à travers la parole (page 157, le terme employé est « cure de la parole »)…On se demande qui soigne qui, si les rôles ne s’inversent pas entre Nietzsche et Breuer lorsqu’ils discutent tous les deux au début du livre (je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler le déroulement.)
Mais il n’y a pas qu’eux.... avec d’autres personnes, on découvre comment sont analysés certains faits (l’hydrophobie par exemple), les rêves, les passions, les obsessions, les peurs, l'oubli, le néant, etc…
Breuer fait une « autoanalyse », il réfléchit à ce qu’il est et ses questions nous servent parfois de miroir.
Lorsque Breuer pense : « Qu’ai-je perdu de la vie, faute, simplement, d’avoir su regarder ? Ou d’avoir regardé sans rien voir ? », On prend cette interrogation en pleine face…Et nous qu’avons-nous perdu de notre vie ?
Breuer et Nietzsche s’observent, s’écoutent, se parlent, échangent, parfois avec prudence, parfois avec vivacité, ils avancent dans la connaissance de l’autre et dans leur propre connaissance, ils utilisent chaque expérience, chaque vécu, comme autant de pièces d’un puzzle pour « être mieux avec soi-même et les autres ». Ces deux hommes ont en commun un certain « désespoir », une espèce de solitude…

On a aussi une approche de Vienne et de son ambiance à la fin du 19 ème siècle.

A travers ce livre, j’ai eu l’impression de « suivre » différentes réflexions, différents regards menant à la « naissance » de la psychanalyse(même si tout cela est fictif, la psychanalyse n’étant pas née de cette rencontre qui n’a pas existé…) On sent que les personnages veulent soit en aider d’autres, soit s’aider eux-mêmes en comprenant leur fonctionnement, en aidant les « âmes » à s’exprimer, en faisant « sortir » ce qui est enfoui en nous, que nous refoulons, refusons de voir, ce qui parfois angoisse, fait peur, dérange. (« Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours été effrayé par les espaces vides qui sont en moi. Et ce sentiment de solitude n'a rien à voir avec la présence ou l'absence de gens autour de moi. Comprenez-vous ?")
C’est en cela que ce livre m’a paru très intéressant. Mais il n’y a pas que cela, chaque question, chaque remarque ou réflexion peut nous amener à réfléchir, à cheminer, à mieux discerner ce que nous sommes, qui nous sommes (si nous acceptons de nous laisser « entraîner » par ces questions) et nous permettre de plonger au cœur de nous-mêmes.
Ce livre est dans ce sens une "ouverture" qui peut nous donner envie d’aller plus loin….
Il faut trouver la force de s’aimer soi-même », « trouver son propre chemin », « votre seul devoir, c’est de devenir qui vous êtes », « aimer son destin »).
J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, je ne mettrai qu’un bémol (à ne pas lire si vous voulez lire le livre) :
Spoiler:
j’ai trouvé trop « rapide » (même si c’est après une séance d’hypnose), le « mieux être » du docteur Breuer qui se reprend à aimer sa femme etc…. même si on peut penser que ce n’est que le résultat d’un long cheminement personnel et de tous les échanges avec Nietzsche et Freud….


J’ai maintenant le souhait de lire : « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche.

A la fin du livre, dans la postface et une note de l'auteur, Irvin Yalom explique comment il a eu l'idée de ce livre. Il dit également que des contacts avaient été établis entre ces deux hommes mais ils n’avaient pas abouti. Il a donc essayé d’imaginer ce qu’aurait pu être leur rencontre et cela a donné naissance à ce livre.

Un livre à découvrir...Je suis heureuse de cette rencontre...

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Caesonia le Lun 10 Mai - 8:50

Je suis en train de le lire. Et j'apprécie beaucoup, notamment parce qu'il est question de la naissance de la psychanalyse et que le roman avance grâce aux réflexions des protagonistes.
C'est le cheminement de la pensée psychanalytique qui progresse par tâtonnements. J'aime beaucoup ce principe d'avancer par la réflexion, surtout quand, comme ici, il est servi par une écriture simple mais néammoins stylisée.
Autre intérêt personnel : retrouver des éléments biographiques de Freud, Nietzsche, Andréa-Salomé . Par contre, Breuer, je ne connaissais pas du tout et je pense que j'irais creuser un peu plus profondément de son côté le roman achevé.

Alors, je remercie d'avance Thot et le Livre de poche pour cette découverte. J'espère ne pas être déçue par la fin, je repasserai ici pour la critique finale Smile

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Sharon le Lun 24 Mai - 17:02

Si je n’avais pas été choisie pour ce partenariat, je ne pense pas que j’aurai lu ce roman. Mon dernier contact avec la philosophie de Nietzsche a consisté à expliquer à un élève que non, « Ce qui ne vous tue pas vous rend fort » n’est pas l’œuvre d’une chanteuse de la téléréalité. Quant à la création de la psychanalyse, je n’y connais absolument rien. Aussi, j’adresse un grand merci à Thot et aux éditions Le livre de poche pour m’avoir choisie pour ce partenariat.

Et Nietzsche a pleuré se présente comme un roman, pourtant il n’en est pas totalement un. Si les événements racontés sont tous imaginaires (la psychanalyse n’est pas née ainsi, néanmoins j’ai très envie maintenant de lire un ouvrage sur l’histoire de la psychanalyse), les personnages, eux, furent des personnes réelles, et si nous avons tous entendu parler de Nietzsche et de Freud, Lou Salomé et le docteur Breuer peuvent être de parfaits inconnus. Les extraits de lettres authentiques viennent renforcer cette illusion de réel.

L’action commence à Venise, ville historique, ville sur laquelle les clichés abondent. C’est là que se tient une rencontre qui n’a rien d’amoureuse, mais dans laquelle la séduction a une place prépondérante. Lou Salomé charme le docteur Breuer, et charme le lecteur, qui aurait envie d’en savoir davantage sur cette femme et sur ses véritables motivations. Le contraste avec le retour à la vie quotidienne, très routinière du docteur n’en est que plus grand.
Bien plus que le philosophe Nietzsche qui donne son nom au roman, le docteur Breuer est le personnage central de ce livre car son point de vue est adopté tout au long du récit. L’auteur semble ainsi tenir compte du fait que le narrateur doit être un personnage quasiment neutre, ordinaire, afin de laisser toute la place au héros. « Ordinaire » certes, mais le docteur est rempli d'interrogations sur le vieillissement, la mort, et ce qu'il laissera après sa mort. Il se décrit de manière réaliste - son autoportait est particulièrement intéressant.

Les personnages secondaires sont peu nombreux, mais ils hantent le roman, obsèdent les personnages principaux et laissent une empreinte sur ces deux protagonistes. Ce sont des figures féminines, qu’elles soient épouse (Martha), mère (Bertha Breuer), sœur, maîtresse idéalisée ou honnie (Bertha Pappenheim et Lou Salomé). Leur rôle est toujours défini par rapport à un homme Même la si libre Lou ne se définie tout d'abord que par son inquiétude pour un homme.

Entre les chapitres huit et neuf se situe le tournant de l’œuvre. Si vous aimez les affrontements intellectuels, et non les grandes bagarres pleines de sang et de blessures dégoulinantes, vous ne serez pas déçu. Chacun fourbit ses arguments afin de convaincre l’autre, et chacun croit avoir remporté la victoire. Commence alors non la thérapie, mais le cheminement vers une méthode de thérapie. Les rêves et leurs interprétations sont un des moyens utilisés pour tenter de guérir le philosophe. A ce compte, qui guérit véritablement qui ? Les extraits de carnets, proposés en fin de chapitre, renvoient dos à dos leurs interprétation, toutes deux erronées.

La structure du roman est très épurée. Une unité de lieu est perceptible : le cabinet du docteur, sa clinique, son domicile sont les lieux principaux du roman. Quant à l’action, elle s’articule en deux axes. Le premier consiste à trouver les moyens de soigner Nietzsche. Si la dimension psychique n’est pas absente, l’intérêt se concentre autour des souffrances du malade, de son examen physique, narré de manière concrète, des traitements qui ont déjà été subis. Je tiens à vous rassurer néanmoins : le lecteur n’est pas assommé par le vocabulaire technique. Le style est très lisible. Quant à l'hypnose, il met en abîme le processus créatif du romancier, puisqu’il inclut un récit biographique fictif à l’intérieur d’un récit biographique tout aussi fictif. J’ai trouvé que cette partie était la plus faible du roman, car l’auteur laisse libre cours à son imagination, et s’en tire par une pirouette.

Sans dévoiler la fin, je dirai qu’elle est trop abrupte (trente ans de vie résumé en un paragraphe), par rapport à la richesse de tout ce qui a été évoqué dans le roman.

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Ansault le Ven 4 Juin - 13:19

Je ressors de cette lecture très décontenancé... Au final je ne sais pas trop quoi en penser. Par moments je me suis laissé embarquer totalement, ayant hâte de poursuivre cette lecture, voulant en savoir plus, happé par le récit, curieux d'en apprendre et découvrir sur Nietzsche, Freud, les balbutiements de la psychanalyse, la recherche médicale, etc. Et puis parfois j'ai été empli de doutes sur la véracité de tout ce qui nous était raconté. C'est une fiction et en conséquence il ne peut s'agir que d'une vérité fantasmé. Du coup je suis devenu extrêmement méfiant.
Je crois que les romans "historiques" ne sont pas faits pour moi. Un certain doute m'habite et vient en gâcher ma lecture.
Néanmoins je dois dire qu'il s'agit quand même d'une excellente introduction à la philosophie de Nietzsche, qui, par la magie du roman, trouve une application concrète. Malheureusement, au final, je n'en retire pas grand chose. Les thèses de Nietzsche étant plutôt complexes, il est un peu réducteur de les égrener comme ça tout au long du roman pour servir une intrigue. Je ne sais pas bien.
A vrai dire, je me sens un peu désarmé. Ne connaissant pas grand chose sur Nietzsche, je ne peux juger le travail de vulgarisation qui est fait de ses thèses. J'avoue que la notion d'Éternel Retour m'a paru extrêmement simpliste et caricaturale, une fantaisie à laquelle on nous demande de bien vouloir croire sans que de réels arguments soient développés. Il semblerait quand même que ce soit un brin plus compliqué qu'il n'y paraît. En gros, pour caricaturer et vulgariser encore plus que ne le fait Irvin Yalom... puisque l'univers est fini et que le temps lui est infini, tous les évènements et toutes les situations se sont forcément déjà produits, mieux ils sont destinées à se reproduire indéfiniment. En gros nous sommes tous condamnés à vivre et revivre notre vie pour l'éternité. Du coup, fort de cette révélation, il ne nous reste plus qu'à faire en sorte que chaque événement que l'on vit soit voulu et désiré, que l'on ait donc choisi en pleine connaissance de cause chacun d'eux. Et, si l'on renverse tout ça, il s'agirait donc de vivre sa vie comme si elle était destinée à se répéter éternellement, en y assumant chacun de ses choix.
Enfin bref, tout cela est extrêmement complexe, pour l'heure ça me laisse quelque peu perplexe et l'analyse mériterait assurément d'être approfondie. Mais comment faire sans se plonger dans toute la philosophie de Nietzsche. Un travail monstrueux qui ne s'improvise pas et qui dépasse largement une approche amateur !

C'est pourquoi finalement je ressors extrêmement frustré de cette lecture. J'aurais aimé en approfondir le sens, discuté du projet et de sa validité... mais je me sens carrément incapable de le faire, sans étudier et approfondir la philosophie de Nietzsche. Je ne suis pas persuadé non plus d'en avoir vraiment envie, aussi passionnant que cela puisse être !
Du coup je n'ai pas grand chose à dire de ce livre...

En surface, ça reste quand même une lecture très agréable, il y a un vrai suspens, des rebondissements, des choses inattendues. La bataille psychologique et intellectuelle que se livre Nietzsche et le Docteur Breuer est des plus palpitantes. On ne sait jamais très bien qui manipule qui et les protagonistes jouent très serrés. C'est passionnant, une partie d'échec grandeur nature où l'on est toujours le pion d'un autre...

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Caesonia le Ven 4 Juin - 16:01

Contrairement à Ansault, je suis adepte de ce genre de roman. Peut-être parce que je suis plus papillon que lui, le butinage culturel me va à merveille. Et ce type de récit en est une amorce idéale.

Bien sûr la philosophie de Nietzsche est ici si réduite qu'elle est difficile à intégrer et en cela, je rejoins la frustration d'Ansault ou sa perplexité quand il parle de l'éternel retour. J'y ai vu pour ma part l'idée d'une prédestination qui, il me semble, a été évoquée par le personnage Breuer.

Pourtant, j'ai mis ce livre en coup de coeur. Pourquoi ?

Parce que j'aime le contexte historique dans lequel le roman s'intègre, que j'avais lu, il y a un certain temps, une excellente biographie d'Andréa-Salomé et que la retrouver me fait plaisir, que j'ai toujours eu un petit faible pour Freud qui m'a fait passer des heures fantastiques en philo et que la psychanalyse est restée longtemps un de mes sujets d'étude préféré (en dilettante bien sûr).

Mais au-delà de ces raisons très personnelles, j'ai apprécié l'émulation intellectuelle qui naît de la discussion, l'intelligence des dialogues et surtout le numéro de duettistes des deux personnages principaux qui, finalement, jouent au chat et à la souris, croyant chacun qu'ils sont le chat de l'autre pour admettre en fin de compte qu'ils sont avant tout la souris de leurs sentiments.

Tous les autres éléments qui s'attachent au roman proprement dit, aux liens et aux évènements familiaux, sociaux qui touchent les protagonistes sont extrêmement riches. Peu m'importe dans ce cas la véracité des choses, seule compte la crédibilité. L'imbrication de chacun des éléments, aussi minime soit-il, est parfaitement réussie. Aucun détail n'est superflu et ne vient parasiter la lecture. Au contraire, chaque élément vient enrichir ce moment.

Je ne m'attarderai pas sur les différents personnages qui semblent faire partie d'un tout tout en gardant chacun leur individualité. Leurs portraits sont à cet égard un panel très représentatif même s'ils frôlent parfois la caricature (je pense notamment à Max, le beau-frère de Breuer). Prenons par exemple la famille Breuer : elle forme un tableau parfait de l'idée que je me faisais d'une famille de la haute-bourgeoisie de cette époque. Malgré tout, les personnages se montrent profondément humains, faillibles, imparfaits, réels...Irvin Yalom relève bien, à mon avis, l'importance de l'imprégnation du contexte familial et social dans les choix individuels.
Un petit mot sur Nietzsche toutefois, non pas parce qu'il s'agit de mon personnage préféré (je n'en ai pas en ce qui concerne ce roman), mais parce qu'il a fait naître, tout comme Breuer dans une moindre mesure, des sentiments qui pourraient apparaître comme contradictoires. Nietzsche, tel qu'il apparaît ici, m'agaçait profondément mais m'a également particulièrement touchée...

Bilan de cette lecture, donc :

J'ai passé un très agréable moment à lire ce roman, j'appréciais de m'assoir chaque jour en compagnie de ses personnages. Et même si je ne vais pas plonger dans les profondeurs de la philosophie "nietzschienne", je sais que je vais approfondir cette lecture par quelques documentaires.

Thomas Mann et La Montagne magique m'avait laissée la même impression de lecture : repuse et heureuse ...

Le divertissement et l'enrichissement culturel que je retire de cet ouvrage font que je considère que l'auteur a parfaitement rempli son contrat.

Je remercie Thôt d'avoir pensé à moi pour cet ouvrage ainsi que le Livre de poche pour m'avoir permis de le découvrir .

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par alexielle63 le Ven 4 Juin - 17:28

Oh la la! vous me donnez encore plus envie! je le note... pour quand mon portefeuille se sera renfloué... à moins qu'ils l'aient à la médiathèque???

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Thot le Lun 7 Juin - 11:36

Dans un style simple, accessible et concis, l'auteur aborde en mettant en scène ses personnages, des sujets variés et graves pour certains.
Les chapitres sont bien découpés, ce qui en rend la lecture aisée et agréable.

Il s'agit certes d'un roman, mais que sait-on en fin de compte de la naissance de la psychothérapie ? (Je ne spécifie pas: psychanalyse, dont on voit l'embryon se développer dans les échanges entre Freud et Breuer).
Qui a inspiré qui ? Il est bien décrit que Nietzsche s'est vraisemblablement intéressé dans ses écrits à la « compréhension de soi ».

A travers le dialogue entre le philosophe et le médecin, nous découvrons d'abord la part humaine (trop humaine...) de chacun d'eux et nous nous rendons compte de la complexité de la relation médecin-patient. Cette par humaine m'a d'ailleurs beaucoup touchée.
Nietzsche auquel la notion de pouvoir dans la relation est chère, a du mal à demander de l'aide. Ce n'est qu'en se voyant octroyer le rôle de soignant qu'il pourra s'ouvrir petit à petit à son thérapeute.
Il est de notoriété que dans une relation psychothérapeutique chacun est soignant et soigné en même temps.

Le passage où l'on discute de l'opportunité ou pas de dire toute la « vérité » au patient m'a particulièrement intéressée. Les médecins y sont régulièrement confrontés et il n'est pas facile de dire ce qu'il convient de faire ou pas.
Et le symptôme que révèle-t-il ? Choisit-on inconsciemment sa maladie ? Ceci est bien admis dans les situations où le patient en souffrance psychologique, développe des symptômes physiques.
Parfois, la difficulté de l'élaboration psychique fait que le mal être s'exprime via le corps.
« Le symptôme n'est rien d'autre qu'un messager, chargé d'annoncer que l'angoisse est en train de monter depuis les tréfonds de l'âme » p.373.
Notez d'ailleurs ce qui déclenche la dernière crise de migraine de Nietzsche dans le livre...
La notion d'angoisse utile, abordée par Nietzsche est également très intéressante. Certains peuvent être paralysés par l'angoisse et d'autres peuvent en faire un moteur. Faut-il donc toujours combattre l'angoisse qui de toute façon quel qu'en soit la forme est inhérente à notre nature humaine ?
L'avidité pour certains plaisirs permet-elle de « sédater » nos angoisses métaphysiques ?


Une bonne partie du roman est consacrée à une analyse des relations amoureuses, de l'attirance sexuelle et du libre choix de son existence.
A noter l'idée de Nietzsche qui veut que l'on ne songe à faire des enfants que quand on est prêt à être créateur. C'est à dire à créer une version améliorée de soi et non pas une copie conforme. Ceci pourrait faire l'objet d'un long débat !
Par ailleurs, il souligne également la nécessité de se connaître soi-même avant de se mettre en couple. Il faudrait veiller à être un "je" avant de penser à être un "nous"...
L'attirance de Breuer pour Bertha est admirablement décortiquée et démontre à quel point, alors que nous nous arrêtons souvent à une explication superficielle de l'attirance physique, celle-ci est beaucoup plus complexe et fait référence à beaucoup d'événements inconscients.
Son soulagement après la séance d'hypnose qui peut sembler très rapide, me fait penser que les entrevues avec Nietzsche ont quand même été très bénéfiques et ont permis de mieux cerner la problématique.
C'est en définitive la combinaison des deux thérapies qui a permis à Breuer de retrouver un peu de sérénité.
Sans oublier l'effet valorisant de ces séances sur la personne de Nietzsche qui résistera longtemps avant de confier ce qu'il porte comme souffrance.

Quant à la répétition des événements, je crois que nous avons tendance à répéter certains comportements dans certaines situations particulières car nous obéissons à des schémas inconscients, mais la façon dont cela est présenté par Nietzsche dans le roman reste un peu vague et peu saisissable pour moi.

A mon avis, chaque lecteur peut se sentir concerné de près ou de loin par certains aspects de ce livre. Certains pourraient même vivre cette lecture comme une véritable thérapie.

Ce roman, que je quitte à regret, m'a donné envie de me pencher plus sérieusement sur la pensée de Nietzsche qui me semble être plus que digne d'intérêt.

Un grand merci au Livre de Poche, grâce auquel j'ai pu découvrir ce livre d'un auteur que je ne connaissais que de nom.
Je lirai prochainement « mensonges sur le divan » !


Quelques citations à méditer:

« Le bonheur d'être scruté de très près était tellement puissant que Breuer en avait déduit que le drame de la vieillesse, du deuil et de la perte des êtres chers était précisément, la disparition de ce regard-de vivre sans être observé » p.96

« Il ne contient aucun jargon médical, qui est en réalité, malgré l'illusion de science qu'il donne, le langage de l'ignorance » p.228

« Le désespoir est, à mes yeux, la rançon de la lucidité. Regardez la vie droit dans les yeux: vous n'y verrez que du désespoir » p.232

« Erreur également, de chercher l'immortalité en crachant sa semence vers l'avenir, comme si elle contenait notre conscience » p. 420

A propos du suicide: « Tous les penseurs sérieux y songent. C'est une lueur qui nous permet d'avancer dans la nuit » (je n'ai pas noté la page )


Dernière édition par Thot le Lun 7 Juin - 11:45, édité 1 fois

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Invité le Lun 7 Juin - 11:44

Ma pauvre PAL..........comment vais-je arriver à la réduire avec les livres intéressants qui sont présentés Laughing Je ne m'en sortirai jamais Wink

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Thot le Lun 7 Juin - 11:46

mimi54 a écrit:Ma pauvre PAL..........comment vais-je arriver à la réduire avec les livres intéressants qui sont présentés Laughing Je ne m'en sortirai jamais Wink


Je comprends ton désarroi...
J'ai ajouté quelques phrases à partir de la ligne 26. Il y aurait tellement à dire sur ce roman...

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Thot le Lun 7 Juin - 11:51

Une personne n'a pas encore voté...
Par ailleurs,merci à celui ou celle qui a cité le livre en coup de coeur de ne pas oublier de le noter dans la section prévue à cet effet.

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Cassiopée le Lun 7 Juin - 11:52

J'apprécie ta critique Thot, je la relirai.
Moi aussi, j'avais pensé à cette idée "qu'il faut être bien avec soi-même, avoir résolu ses propres problèmes (même si ce n'est jamais fini) et s'aimer avant de vouloir être deux, voire trois ou plus...."

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Invité le Lun 7 Juin - 11:53

Thot a écrit:
mimi54 a écrit:Ma pauvre PAL..........comment vais-je arriver à la réduire avec les livres intéressants qui sont présentés Laughing Je ne m'en sortirai jamais Wink


Je comprends ton désarroi...
J'ai ajouté quelques phrases à partir de la ligne 26. Il y aurait tellement à dire sur ce roman...


je n'en doute pas , et au lu de ton avis, je pense que cela ne pourra que me plaire, ou tout du moins "me parler"Les ouvrages à messages m'attirent....

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Invité le Lun 7 Juin - 11:55

Cassiopée a écrit:J'apprécie ta critique Thot, je la relirai.
Moi aussi, j'avais pensé à cette idée "qu'il faut être bien avec soi-même, avoir résolu ses propres problèmes (même si ce n'est jamais fini) et s'aimer avant de vouloir être deux, voire trois ou plus...."


+1
et d'ailleurs on est jamais seul avec soi même.....lorsque soi même est une bonne compagnie
On ne peut pas considérer l'autre, ou l'enfant comme un remède à ses propres problèmes , ou comme ciment à ses failles.

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Cassiopée le Lun 7 Juin - 11:56

On est bien d'accord!

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Re: [Yalom, Irvin] Et Nietzsche a pleuré

Message par Thot le Lun 7 Juin - 12:07

mimi54 a écrit:
On ne peut pas considérer l'autre, ou l'enfant comme un remède à ses propres problèmes , ou comme ciment à ses failles.


Tu as mis le doigt sur le véritable problème...
J'avoue avoir évité de donner un avis personnel sur quelques idées de Nietzsche car d'une part ce n'est pas l'objectif, d'autre part, c'est un sujet de débat assez brûlant...

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